A R S E L A

En Italie j’ai dû faire face au racisme et aux moqueries, en France j’ai été réduite à des fautes d’orthographe alors que je parle quatre langues.

Arsela a vécu la guerre civile en Albanie alors qu’elle n’avait que trois ans. La corruption constatée dans son pays d’origine pousse ses parents à émigrer en Italie, elle a alors treize ans.

Elle intégre en septembre le collège et ne parle pas un mot d’italien, cela ne l’empêchera pas d’obtenir son brevet en juin.

Je n’ai jamais autant travaillé, je devais m’imposer par le travail.

Arsela s’impose une cadence de travail sans repos, elle s’inscrit dans un lycée classique et choisit les options les plus prestigieuses dont le Grec et le Latin.

Ottimo

Lorsqu’elle va consulter les résultats, elle passe trois fois son doigt sur la ligne de son nom, elle n’y croit pas et pense à une erreur.

Ottimo, qui est “la note la plus élevée”, “le parfait” est confirmé par sa mère qui est obligée d’aller lire après sa fille les résultats pour lui confirmer sa réussite.

Pour arriver à ce résultat, Arsela se tenait toujours prête à être interrogée, elle se levait à cinq heures tous les matins pour travailler ses cours et maintenir ce niveau d’exigence qui lui était cher.

J’ai dû me battre pour montrer ma valeur, j’ai dû faire face à beaucoup de racisme, on n’est jamais préparé à cela.

A dix neuf ans, elle décide donc de quitter l’Italie pour la France et plus particulièrement pour Strasbourg et sa qualité de capitale européenne. Arsela obtient sa licence langues étrangères en anglais et italien puis un master 1 en “relations internationales” et un master 2 en “intelligence économique et gestion du développement international”.

La diplomatie était mon objectif; c’était l’endroit même où ma différence était perçue comme un point positif.

C’est ainsi qu’elle devient chargée des finances à la représentation permanente de l’Albanie au Conseil de l’Europe. Elle gère le budget alloué par le ministère des affaires étrangères et des finances, agit sur la négociation des contrats, effectue les traductions, organise les grands évènements comme le 28 novembre qui est la fête nationale de l’Albanie. Pendant un an et deux mois, Arsela exerce ce poste avec les cheveux roses, puis violets …

Mon physique ne devrait pas être le miroir réducteur de ce que je sais faire.

Alors oui, on lui suggère que sa couleur de cheveux naturelle doit lui aller à merveille, mais Arsela a décidé depuis bien longtemps que sa force de travail, son exigence constante avec elle même parleraient plus fort qu’une couleur de cheveux ou qu’un accent.

En France, je suis réduite à mes quelques fautes d’orthographe.

C’est le sujet qui questionne le plus Arsela, oui la maitrise de la langue est essentielle, mais comment peut-on à ce point réduire un parcours, des compétences, à quelques lettres en plus ou en moins? Comment se fait-il que le plus soit annulé par ce moins qui semble être une goutte d’eau dans son parcours et la définition de sa personne?

Where is a will there is a way

Aujourd’hui, Arsela cherche un poste de consultante en intelligence économique. La pandémie a mis à rude épreuve sa résilience, malgré ses nombreuses recherches, elle peine à entrer à nouveau sur le marché du travail. Cela ne l’a pas empêché d’obtenir un stage comme business developer et de travailler avec son université à Strasbourg sur l’impact économique de la Covid en France, Italie du sud, Suisse et Belgique.

Cette jeune femme pleine d’ambitions ne s’arrête pas là, depuis quatre ans, elle travaille entre dix et quinze heures par semaine sur son blog et son Instagram @korean.beauty.review à tester des produits et mettre en relation les influenceurs et les marques de beauté.

Ce qui était parti à l’origine, d’un simple test d’échantillons en retour de voyage en Corée est devenu un compte suivi par 10K de followers et lui a permis de collaborer avec une trentaine de marques.

La situation actuelle la pousse à remettre en cause ses standards et à envisager un futur professionnel dans ce domaine. Sans pour autant abandonner ses objectifs initiaux, Arsela constate avec désolation l’absence d’amélioration de la situation. Elle a pourtant appris à générer une communauté, à élever son niveau d’expertise et s’est formée à la photographie.

Arsela a besoin d’échanger, d’apprendre des autres, de leurs cultures. Elle a déjà voyagé en Angleterre, en Italie, en Suisse, en Autriche, en Slovénie, en Croatie, en Espagne, en Belgique, en Corée du sud, en République Tchèque. La jeune femme est perfectionniste et assoiffée de savoir et de transformations, elle s’éteint chaque jour un peu plus à force de refus et d’absence d’activité professionnelle.

Et si cette nouvelle prise de décision reflétait un peu plus le caractère entrepreneurial d’Arsela et lui permettait de communiquer aux recruteurs la profondeur de sa personnalité et la nécessité de lire sa capacité à rebondir, à créer, à remettre en question pour innover et, en permanence, travailler sur soi?

Pour engager le changement, il faut être innovant

Force de travail

Excellence

Innovation

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